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Ghibli : les créateurs de rêve japonais

Ecrit par le 13 février 2020

Avec ses films, ses univers et ses personnages reconnus à travers le monde, Ghibli atteint le public tant par la simplicité de ses histoires que par l’émotion qu’elles dégagent.
Retraçons l’historique d’un studio porteur de poésie et de messages forts.

Premiers pas

Les origines du studio sont à chercher au début des années 80, lorsqu’une vague de films d’animation de science-fiction destinés à un public adulte, investit les salles de cinéma japonais (Albator 84, Galaxy Express 999, …). Dans le but de conquérir le marché, l’éditeur Tokuma confie au jeune cinéaste Hayao Miyazaki la réalisation d’un long métrage. Ayant une expérience probante sur diverses séries télévisées, celui-ci déborde d’idées, parmi lesquelles l’ébauche d’un script aboutira à Princesse Mononoké, fin des années 90.

Son ami Isao Takahata est également producteur et se met en quête d’un studio. Celui-ci choisira Topcraft, fondé au début des années 1970. Leur premier film est Nausicaä et la vallée du vent. Cette adaptation débute en 1983 et sort en salle en mars 1984. Ce film séduit près d’un million de spectateurs japonais. En France, il faudra attendre août 2006, soit plus de 20 ans, pour que le film bénéficie d’une exploitation.

Conforté par les critiques et l’accueil du public, le studio souhaite enchainer directement sur un nouveau projet. La gestion calamiteuse de celui-ci le plonge au bord de la faillite. Miyazaki et Takahata décident alors, en juin 1985, de fonder leur studio indépendant qui portera le nom de Ghibli. Ce nom vient du terme arabe (sirocco du désert), employé par les pilotes italiens de la Seconde Guerre Mondiale. Le Château dans le ciel voit le jour.

ghibli nausicaa

Premiers succès

Premier film estampillé Ghibli, Le Chateau dans le ciel rencontre un franc succès lors de sa sortie en 1986 (janvier 2003 en France).

Pour le projet suivant en 1988, Miyazaki a comme idée l’histoire d’une famille installée en lisière de forêt habitée par une créature fantastique. Takahata veux miser sur l’adaptation d’un nouvelle des années 60, dans laquelle deux enfants tentent de survivre dans une ville japonaise dévastée par les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale. La décision est prise : les deux films sont produit séparément (Mon voisin Totoro et Le Tombeau des Lucioles). Ils deviendront des classiques instantanément, même si le public n’est pas vraiment au rendez-vous.
La réputation du studio s’établit grâce aux multiples récompenses, mais également grâce aux produits dérivés.

La créature vedette Totoro est adoptée pour devenir la mascotte du studio et pour apparaitre en préambule de chaque production, à l’image de Luxo Jr chez Pixar plus tard.

Durant l’été 1989 sort Kiki la petite sorcière, qui engendre 2.6 millions d’entrées au Japon (il ne sortira qu’en mars 2004 en France). Ce film, tiré d’un livre pour enfants écrit par Eiko Kadono, permet au studio de s’installer dans des locaux flambants neufs imaginés par Miyazaki lui-même, d’augmenter le salaire des équipes et de procéder à une vague d’embauche importante. Une section formation est également créée.

Reconnaissance tant attendue

La réputation du studio enfin établie, celui-ci enchaine les projets à un bon rythme, menés aussi bien par Miyazaki que Takahata.
Souvenirs goutte à goutte sort en juillet 1991 (adaptation d’un manga et réalisé par Takahata). L’année suivante sort Porco Rosso, premier Ghibli a sortir assez vite en France, trois ans plus tard (à noter le doublage du héros cochon par Jean Reno). Il est suivi par les aventures des tanukis dans Pompoko l’année d’après.

Deux ans plus tard sort le magistral Princesse Mononoké. Jamais un film de Ghibli n’avait été aussi long et couteux à produire. Il est la synthèse parfaite des thèmes chers au cinéaste Miyazaki : bravoure, préservation de l’environnement ,… Au Japon, la sortie du film constitue l’évènement de la décennie avec 13.6 millions de spectateurs (plus d’un Japonais sur dix). Il détrône E.T. l’extra-terrestre, se vend à plus de 4 millions d’unités et obtient l’Oscar du meilleur film étranger. Il sort en janvier 2000 en France.

Deux styles divergents

Peu à peu, le style des deux cinéastes phares du Studio Ghibli divergent par leurs thématiques, leurs regards et leur traitement porté sur le monde. Miyazaki est souvent qualifié d’optimiste tandis que Takahata, aux réalisations plus sombres, est taxé de pessimiste.

En parallèle, deux productions voient le jour, permettant à deux nouveaux auteurs de signer leur première réalisation : en 1993, Tu peux entendre la mer par Totomi Mochizuki et en 1995, Si tu tends l’oreille par Yoshifumi Kondô. Celui-ci est promis a un avenir radieux, car Miyazaki compte prendre sa retraite et fonde de grands espoirs sur lui. Malheureusement, Kondô décède d’un anévrisme en janvier 1998. Anéanti par cette disparition, Miyazaki renonce à quitter le monde de l’animation.

Pour ne rien arranger, Tokuna, actionnaire du studio, se retrouve endetté. Une partie des bénéfices réalisés par les films ne fait qu’éponger la dette et forcé d’enchaîner les succès. Chaque projet est financé par les recettes du précédent. Une situation difficile qui fait de chaque nouveau projet un véritable pari… Intervient alors un certain Disney…

Un accord difficile

Après avoir refusé catégoriquement les offres des studios Warner et Fox pour la distribution des films Ghibli sur le sol américain, un accord est conclu en 1996 avec Buena Vista Home Entertainment. L’occasion inespérée de se sortir d’une passe financière délicate. L’ensemble du catalogue est donc cédé à Disney pour l’exploitation salle et vidéo dans le monde entier, sauf en Asie. Miyazaki voit cet accord d’un très mauvais œil et reste sur ses gardes.

Si le contrat de Disney ne porte pas atteinte à l’indépendance artistique des auteurs Ghibli, son annonce mobilise la communauté des fans d’animation, inquiète du sort réservé à leur studio fétiche. Disney s’engage à ne pas intervenir sur le montage ou la musique, exception faite du doublage.
Disney investit alors dans une nouvelle réalisation de Takahata, Mes voisins les Yamada (adaptation d’un manga) et dans Le Voyage de Chihiro, mis en scène par Miyazaki. Jamais Disney ne s’était impliqué alors dans la production d’un film étranger.


Progressivement, les productions Ghibli commencent à sortir dans les salles françaises régulièrement. Face à une chronologie de parutions désordonnée, difficile pour le public de ne pas s’emmêler les pinceaux. Les oeuvres les plus anciennes viennent s’intercaler entre les nouveautés. Un système de classification sur la tranche des DVD permet de restituer la véritable chronologie. La quasi-totalité des films Ghibli sont parus sur support HD aujourd’hui.

La relève assurée?

En 2005, Ghibli s’affranchit du groupe Tokuma et acquiert son indépendance. La production suivante est confiée au gérant du musée Ghibli, qui n’est autre que Gôro Miyazaki, fils de Hayao. Celui-ci ne cache pas sa désapprobation et refuse de parler à son fils durant la production des Contes de Terremer. Il sort en salle en été 2006, janvier 2007 en France.


La même année, Miyazaki père se concentre sur Ponyo sur la falaise, projet destiné à la jeunesse. Sa sortie en été 2008 au Japon lui vaut un triomphe comme lors de la sortie de Princesse Mononoké.
Deux nouveaux longs-métrages sont confiés à de jeunes réalisateurs. Hiromasa Yonebayashi adapte le roman pour enfants Les Chapardeurs de Mary Norton en Arriety et le monde des chapardeurs (été 2010). Gôro Miyazaki adapte un shôjo des années 1980, La Colline aux coquelicots.

Quatre mois avant sa sortie, un tremblement de terre frappe le Japon et est responsable de la catastrophe de Fukushima. L’économie de l’archipel et les effets du séisme auront des répercussions sur la productions des films. Par pudeur, Ghilbi réduit au minimum la campagne de promotion du film en juillet 2011. Celui-ci sera le film d’animation le plus vu de 2011 au Japon.

Retour aux sources

De 2008 à 2010, Miyazaki publie le manga Le vent se lève. Les studios lui suggèrent une adaptation, Miyazaki se montre très réticent. Selon lui, un film d’animation doit être adressé aux enfants , et non au seul public adulte. Après mûre reflexion et influence de sa femme, il accepte début 2011 de relever le défi. Cet onzième long-métrage et salué par un énorme succès lors de sa sortie à l’été 2013 au Japon et janvier 2014 en France. Rapidement arrive par une annonce fracassante. Miyazaki prend définitivement sa retraite sur le front des projets cinématographiques.

De son côté, Isao Takahata, absent des écrans depuis presque quinze ans est prié de mener à bien un nouveau projet en 2005. Il jette son dévolu sur l’adaptation du Conte du coupeur de bambou (texte folklorique du 10ème siècle). Ghibli entent réitérer l’exploit de 1988 avec la sortie simultanée du Vent se lève et du Comte de la princesse Kaguya. Les deux films sortiront en novembre 2013, juin 2014 en France. Avec ses deux heures vingt, Kaguya est bien le chef-d’œuvre attendu. Couvert d’éloges par la critique, présenté à Cannes et à Annecy, le film subit un revers commercial.

Une époque révolue ?

Trois ans après Arriety, Yonebayashi réalise son second long-métrage. Souvenirs de Marnie est l’adaptation du roman When Marnie was there, écrit par Joan G. Robinson. Celui-ci sort à l’été 2014 au Japon, janvier 2015 en France. Il peine a attirer les spectateurs et n obtiendra qu’un tiers des recettes obtenues pas son premier film.

Lors d’une interview, la production dira ” Ghibli est une société qui produit un film puis le sort en salle. S’il a du succès, nous en faisons un autre. Le succès du film oriente fortement la direction que va prendre la société à chaque fois. Les résultats du film seront importants pour la suite. L’accueil du public et les résultats vont conditionner la mise en chantier d’un nouveau film ou non. Si les résultats sont bons, on fera peut-être un autre film immédiatement. SI c’est le contraire, peut-être qu’on attendra un peu”. La suite est sans appel… Le 3 août 2014, le studio annonce une importante restructuration et la suspension jusqu’à nouvel ordre de toute production de long métrage. Celui-ci recentre désormais ses activités sur la gestion des droits et le musée Ghibli.



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